Narbonne sous l’occupation Allemande

Généralités

Le débarquement de Provence

En septembre 1944 sous l'autorité du commandant Henri BOUSQUET et du capitaine René PIQUEMAL, 550 volontaires, maquisards et résistants, se rassemblèrent dans les châteaux de Canet et de Rustiques. Ils sont venus du Minervois et d'autres coins de l'Aude, de l'Ariège, du Gard, de l'Hérault, des Pyrénées Orientales et du Tarn, pour continuer le combat pour la liberté contre l'Allemagne nazie, et formeront le "BATAILLON MINERVOIS".

Le débarquement de Provence, désigné sous les noms de code Anvil puis Dragoon, est une opération militaire menée pendant la Seconde Guerre mondiale à partir du 15 août 1944 par les troupes alliées dans le Sud-Est de la France (entre Toulon et Cannes).

À l’origine appelée Anvil (enclume en anglais), le nom a été changé en Dragoon par Winston Churchill car il était contre ce débarquement (il déclara y avoir été « contraint », dragooned en anglais), préférant une percée des troupes déployées sur le front d’Italie vers les Balkans afin de prendre en tenaille l’armée allemande en Europe centrale et d’arriver à Berlin avant les Soviétiques. Il s’oppose notamment à de Gaulle, qui menace de retirer les divisions françaises du front italien. Les objectifs étaient de libérer Toulon, Marseille puis de remonter le Rhône jusqu’à effectuer la jonction avec les forces de l’opération Overlord débarquées en Normandie.

L’opération Dragoon incluait un atterrissage de planeurs (opération Dove) et un faux débarquement dans le Nord de l’Italie (opération Span).

La défense allemande composée de la XIXe armée (essentiellement des troupes étrangères) est dégarnie, notamment de la 9e Panzerdivision, à la suite de l’envoi de renforts vers le front de Normandie. À la suite de ce débarquement et de sa rapide progression, Hitler opère un repli pour éviter l’encerclement mais ordonne la destruction des ports de Toulon et Marseille et de garder ces deux villes.

L’assaut naval a lieu sur les côtes varoises entre Toulon et Cannes et mobilise 880 navires anglo-américains, 34 français et 1 370 navires pour le débarquement.

Durant la nuit du 14 au 15 août 1944, des commandos français sont débarqués sur les flancs du futur débarquement :

Rosie Force débarque les 67 hommes du Groupe Naval d’Assaut de la marine en Corse (GNA de la marine en Corse) du capitaine de frégate Seriot sur l’aile est, à Miramar pour couper la route aux renforts allemands venant de l’est ;

Romeo Force débarque le Groupe des Commandos d’Afrique (GCA) du lieutenant-colonel Georges-Régis Bouvet sur l’aile ouest, de part et d’autre du cap Nègre. (750 hommes). La première plage foulée par les Commandos d’Afrique est celle du Rayol-Canadel-sur-Mer, choisie pour son grand escalier, repérable de loin.

Sitka Force, constituée de la Spécial Service Force et commandée par le colonel Edwin Walker, s’est chargé la même nuit de détruire les batteries des îles côtières de Port-Cros et du Levant situées devant Hyères.

Kodak Force, composée des trois divisions de la VIIe armée américaine du général Lucian Truscott (les 3e, 36e et 45e divisions) et de la 1re Division Blindée française (1re DB) du général Touzet du Vigier est répartie en trois secteurs :

Alpha Beach, du côté ouest, la 3e division d’infanterie du général John W. O’Daniel, et le Combat Command 1 de la 1re division blindée française du général Sudre, débarquent sur les plages de la baie de Cavalaire, à Cavalaire et à La Croix-Valmer, et de Pampelonne à Ramatuelle ;

Delta Beach, au centre, la 45e division d’infanterie américaine du major général William W. Eagles débarque à Sainte-Maxime (plage de La Nartelle) ;

Camel Beach, du côté est, la 36e division d’infanterie américaine du général John E. Dahlquist débarque sur trois plages différentes : face à la base d’aéronautique navale de Fréjus-Saint Raphaël, au Dramont et sur la plage d’Anthéor à Agay.

L’objectif était de débarquer et de constituer une ligne de front de 25 kilomètres de profondeur (appelée Blue Line), puis d’avancer vers la vallée du Rhône et de prendre contact avec le 2e corps d’armée français.

Le 17 août, les Alliés mènent une attaque de diversion à La Ciotat pour attirer les forces allemandes à l’écart des principales zones de débarquement16. Pendant l’opération, deux navires de guerre allemands attaquent la flottille alliée, mais ils sont tous deux coulés16. Au nord de La Ciotat, l’aviation américaine largue 300 parachutistes factices pour renforcer la tentative de diversion16.

L’assaut aérien comportait un parachutage d’hommes et de matériel entre Le Muy et La Motte avec 9 000 parachutistes de la 2e brigade indépendante parachutiste britannique et de plusieurs régiments aéroportés américains largués par plus de 400 avions et des planeurs américains pour les véhicules. Ils étaient acheminés depuis l’Italie. L’objectif était de s’emparer du Muy et des hauteurs de Grimaud afin d’empêcher l’afflux de renforts ennemis depuis l’ouest.

C’est Force Rugby, la 1st Airborne Task Force du général Robert T. Frederick, qui la charge. Cette force se composait, entre autres, des unités suivantes :

  • 509th Parachute Regimental Combat Team (509th PRCT), dont :
  • 463rd Parachute Field Artillery Batallion du Lieutenant Colonel John Cooper
  • 509th Parachute Infantry Batallion (en) du Lieutenant Colonel William P. Yarborough,
  • 517th Parachute Regimental Combat Team (517th PRCT)
  • 460th Parachute Field Artillery Batallion (460th PFAB) du Lieutenant Colonel Raymond L Cato
  • 517e régiment d’infanterie parachutée (États-Unis)
  • (517th Parachute Infantry Regiment (517th PIR) du Lieutenant Colonel Rupert D. Graves
  • 596th Parachute Combat Engineer Company)
  • (596th PCEC) du Capitaine Robert W. Darlymple
  • 550th Glider Infantry Batallion (en) du Lieutenant Colonel Edward I. Sachs (582 hommes)
  • 551st Parachute Infantry Battalion (en) du Lieutenant Colonel Wood G. Joerg (842 hommes)
  • 2d Independent Parachute Brigade Group de la British Army, du général Charles Pritchard
  • 1st Special Service Force du Colonel Edwin A. Walker

Si un objectif du débarquement en Provence était de créer un nouveau front en France, ce plan incluait aussi de détruire la XIXe armée allemande, qui avait pour charge la défense du Sud-Est de la France. Les 3e et 45e divisions américaines avaient pour objectif de pousser vers la vallée du Rhône, alors que l’armée française de la Libération avait la charge de libérer les ports de Toulon et Marseille. Pour réaliser le second objectif – la destruction des forces allemandes – une force blindée est mise sur pied lors des préparatifs du débarquement, la Task Force Butler, dont la mission est de progresser vers le nord, depuis Draguignan, via Riez, puis Digne et Sisteron, et d’obliquer vers le Rhône à Aspres-sur-Buëch, et ainsi de couper la retraite des forces allemandes, lors de la bataille de Montélimar.

La nouvelle du succès rapide de cette attaque, avec une avancée profonde en vingt-quatre heures, a déclenché une insurrection populaire dans Paris. En deux semaines la Provence aura été libérée. Digne et Sisteron sont atteintes le 19 août, Gap le 20 août. Grenoble est prise le 22 août (soit 83 jours avant la date prévue[réf. nécessaire]), Toulon le 23 août, Montélimar le 28 août, Marseille le 29 août et Lyon le 3 septembre . Les forces alliées, remontant la vallée du Rhône, rejoindront le 12 septembre, à Nod-sur-Seine vers Montbard, au cœur de la Bourgogne, celles du front de l’ouest.

Dans les Alpes-Maritimes, Nice est libérée le 28 août 1944, mais Saorge n’est reprise que le 4 avril 1945.

La progression principale se fait vers le nord, laissant sur son flanc un front au niveau des cols alpins, qui ne constituent pas un objectif immédiat pour les états-majors alliés. Des unités allemandes venues d’Italie et chassées de Provence s’y réfugient, notamment dans les différents ouvrages et forts qui constituaient la ligne Maginot alpine18. Mais les FFI contrôlaient les Alpes.

Les derniers combats pour libérer la région ont lieu fin avril 1945. Les forts de la vallée de l’Ubaye, les ouvrages Maginot de Saint-Ours et Roche-la-Croix, ne sont repris aux Allemands qu’entre les 23 et 24 avril par les forces françaises aidées de l’armée américaine, soit huit mois après le débarquement sur les côtes du Var, alors que les derniers combats ont lieu en Allemagne.

Dès les premiers jours, un camp de transit est projeté et sa construction mise en œuvre au nord de Marseille, le camp de Calas, pour organiser la redirection des troupes vers les Vosges et l’Alsace, l’Asie ou le retour vers les États-Unis pour les troupes relevées totalisant plus de 80 points sur leur « carte de crédit ». La première inspection du lieu se fait le 25 août et les premiers travaux commencent immédiatement. On estime que plus de 2 millions de GI ont transité par le camp, avec 5 000 mouvements par jour, jusqu’au 4 janvier, date de sa fermeture, avec une population de l’ordre de 100 000 occupants.

Ce camp accueille aussi dans sa partie sud les prisonniers au fur et à mesure de leur arrivée.

Les GI morts au combat sont regroupés à la nécropole nationale de Luynes, non loin de ce camp, d’où ils seront redirigés vers celui de Colleville-sur-Mer en Normandie ou réclamés par leurs familles aux États-Unis (60 %).
Bilan

Au total, plus de 94 000 soldats et 11 000 véhicules ont été débarqués le premier jour. Du 15 au 29 août (prise de Marseille), les pertes de cette Armée B s’élèvent à 933 tués, 19 disparus et 3 732 blessés, les jours les plus terribles étant les 23 et 24 août. Environ 35 000 Allemands ont été capturés. Les soldats alliés tombés au cours de la campagne de Provence sont enterrés dans différents cimetières nécropole nationale de Boulouris : située à quelques kilomètres de la plage du Dramont, y reposent les corps de 464 combattants de toutes origines et toutes confessions, appartenant à la Ire armée française (1re DFL) du général de Lattre de Tassigny tués durant le mois d’août 1944, nécropole nationale de Luynes : entre Aix-en-Provence et Marseille, près de 10 000 soldats tués au cours des deux guerres mondiales y reposent cimetière américain de Draguignan : près de 900 soldats américains tués au cours des combats de la libération de la Provence reposent en ce lieu ; cimetière militaire britannique de Mazargues, Marseille : ce cimetière regroupe les corps des soldats de l’Empire britannique tués au cours de l’année 1944 en Provence auprès des tombes de soldats de la Grande Guerre. Les corps des soldats allemands tués durant l’opération Anvil/Dragoon ainsi que durant les années d’Occupation du Sud de la France sont regroupés au cimetière militaire allemand de Dagneux dans l’Ain.

Narbonne le 15 Aout 1944

Le 15 août 1944 à 8h du matin, Pierre Rougé un Résistant et président du comité de la Libération de Narbonne, entend par Radio des nouvelles de Londres qui affirme que les Alliés ont débarqué en Provence. Aussitôt, il organise les actions dans sa ville. Pendant trois jours, plusieurs résistants vont entreprendre le sabotage des câbles de télécommunications. Si, dès le 18 août, la défaite allemande est annoncée, les troupes ennemies commencent à partir de la ville, la victoire n’est pas complètement acquise. Une partie des Allemand reste à Narbonne et les représailles menacent la population. Depuis la terrasse du café « La cigale », sur la place des Pyrénées, les résistants se relaient pour surveiller « le défilé ininterrompu des soldats allemands qui remontent vers Dijon, comme le raconte Pierre Rougé dans son ouvrage « Le révolté ».

Les Allemand exigent la mise à leur disposition d’un train pour le 21 août, sans quoi ils exécuteront 200 otages ! Le convoi partira bien mais sera mitraillé par les troupes aériennes alliées entre Coursan et Villeneuve-lès-Béziers, un peu après 16 h. Des centaines de soldats Allemands ont pris place à bord des wagons… L’attaque fera 600 morts, dont les deux mécaniciens du dépôt de la gare de Narbonne. Les actions, pilotées par la résistance, vont se poursuivre jusqu’au 30 août 1944. Dès lors, la liberté sera retrouvée.

Deux hommes du dépôt de Narbonne

Lucien Bouthié et André Planchon

« Le 21 Août, à 21 heures, une colonne motorisée allemande de cinq véhicules a pris position place des Pyrénées, fusils et mitrailleuses en batterie. Tout habillés de noir, ils avaient un aspect terrible. Les commerçants de l’avenue de Toulouse sortaient par curiosité. Il fallut faire rentrer tout le monde. Après une demi-heure d’observation, la colonne se retire curieusement en direction de Perpignan. Ils étaient venus en éclaireurs car ils voulaient traverser Narbonne avec leur troupe forte de 1200 à 1800 hommes appartenant à la Kriegsmarine…

Germain Baillat

Pour les Narbonnais, qui l’ont connu, son nom évoque la résistance narbonnaise. Germain Baillat connu sous le nom « Chichou », témoignait souvent de ce passé douloureux mais toujours avec une certaine retenue…

Le 19 octobre 1941, il est arrêté sur dénonciation comme d’autres narbonnais ce même jour. Ils seront torturés puis transférés à la prison militaire de Montpellier. Le 11 novembre 1941, condamné à 15 ans de travaux forcés, il est transféré à la prison de Carcassonne avec Gabriel Pelouze, Soriano, Ayora, Sentenac, Ibarra, Peyre, Carbonel, ils y resteront 2 ans. En octobre 1943 il est emprisonné à la Centrale d’Eysses où il retrouve quelques Narbonnais : Canet, Peyre, Prax, Roussel, « au préau des travailleurs ». Puis, Germain Baillat est transféré à Dachau, sous le matricule 73040, d’où il sera libéré en mai 1945 par les Américains. Aujourd’hui, il ne reste plus que deux témoins de cette page d’Histoire. Né à Narbonne le 20 novembre 1922, Germain Baillat était officier de la légion d’honneur, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre. Être présent aux temps du souvenir était un devoir dont il s’acquittait toujours. Il avait choisi la route la plus rude : celle de l’honneur. Il restera dans nos mémoires comme un homme de convictions et d’engagement. » Lise Alvarez Il nous a quitté à l’âge de 87 ans, il repose au Cimetière de Crabit.

 

Ecrit de Joseph Bajolle

Extrait du livre: La Résistance Audoise « Fin 1940 l’organisation « Combat  » se constitue à Narbonne à la suite de la visite d’un jeune agent de liaison se faisant appeler « Stéphane, descendu à l’Hôtel de la Dorade, et qui cherchait des contacts au Grand Café Glacier…en liant conversation avec quelques habitués du café, ils s’en furent chez le Dr Achille LACROIX, maire de la ville, qui avait été révoqué par le gouvernement de Vichy. C’est ainsi que naquit Combat à Narbonne. La ville était divisée en quatre quartiers ayant pour limites le Canal de La Robine d’une part et d’autre part la rue Droite, prolongée par la rue du Pont des Marchands.

Photos

Vous trouverez ci-dessous des photos de la libération de Narbonne, les Allemands quittant la ville et le défiler des résistant et le rassemblement civil sur les barques.